Il suffit !

État

Il suffit !

 

     Depuis le début de notre aventure avec vous, nous avons toujours revendiqué un certain intellectualisme. Nos textes, aussi courts soient-ils, se veulent toujours humoristiques, émoustillants, plaisants. Nos photographies, aussi pornographiques soient-elle, se veulent toujours une quête d’esthétisme. Cette posture, délibérément choisie, est avant tout une volonté d’humaniser la part la plus délicieusement animale de notre existence : le sexe.

     Nous avons tous deux été élevés, et élevons nos enfants, dans l’idée que l’humanité n’est pas une réalité en soit mais un chemin que l’on se doit d’emprunter et qui impose, au quotidien, des choix parfois difficiles. Le premier d’entre eux est le refus de toute violence physique. Le second est de toujours s’assurer que l’acte que l’on s’apprête à poser ne portera pas à autrui un préjudice qui nous serait à nous-même insupportable : le fameux adage populaire « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ».

     Se faire justice, c’est se déshumaniser. Agresser physiquement une personne, quelques soient ses mots ou ses décisions, c’est se déshumaniser. Menacer, intimider, terroriser, c’est se déshumaniser ! Faire usage de son pouvoir, intellectuel, financier, médiatique pour inciter d’autres à se déshumaniser c’est se déshumaniser soi-même. Ces mots ne sont que paraphrase des morales qui sous-tendent les textes fondateurs de toutes les religions. Mais c’est la quête permanente de ces mots, de ces morales, qui nous élève au rang d’humain.

Une société ne se construit pas « contre » mais « avec ».

 

Nous dénonçons là tous ceux qui se sont choisi un « camp » et tentent d’intimider l’autre.

Nous dénonçons là tous ceux qui pensent que « ceux d’en face » ont « choisi » d’être dans « l’autre camp ».

Nous dénonçons là tous ceux qui ne veulent pas écouter, qui ne veulent pas dialoguer.

Nous dénonçons là tous ceux qui, par leurs mots ou leurs images, entretiennent les clivages.

Nous dénonçons là tous ceux qui ignorent qu’au milieu de tout cela il y a des enfants qui écoutent, se construisent et surtout qui ont peur.

Vos actes et vos mots, laisseront des traces indélébiles dans leurs esprits.

Quel exemple détestable !

 

Nous sommes assez vieux pour avoir connu les deux coupes du monde et la fragile fraternité qui a suivi. Nous avons surtout la chance d’avoir vécu des moments de partage tout aussi intenses dans nos pérégrinations libertines. L’euphorie, la bienveillance, le sentiment d’avoir touché du doigt ce que devrait être les relations humaines; comment avons-nous pu oublier cela aussi vite ?

Nous désespérons de nos compatriotes et n’avons plus le cœur à écrire ou publier de nouveaux articles.

Le temps n’est plus aux belles choses !

Nous en appelons à la majorité silencieuse qui, comme nous, ne reconnait plus sa société. Dans vos maisons, dans vos familles, dans votre travail, dans vos rues, dans vos villes, levez-vous et criez avec nous :

Il suffit !